banniere 2 Publicité
Du train de vie confortable affiché à la quête de dons : le paradoxe de la cagnotte de Maa Bio.
Société
Nouveau
Nouveau

Du train de vie confortable affiché à la quête de dons : le paradoxe de la cagnotte de Maa Bio.

Par kouassi yohan 28/10/2026 11:24 5 min de lecture

Quand l’influenceuse ivoirienne Maa Bio sollicite financièrement sa communauté pour devenir propriétaire, une question dérange : la solidarité numérique doit-elle aussi financer les projets immobiliers de personnalités qui donnent parfois l’image de mener un train de vie confortable ?


 Côte d’Ivoire, la cagnotte lancée par l’influenceuse Yelen Kouamé, connue sous le pseudonyme de Maa Bio, pour financer l’acquisition d’une maison suscite la polémique. Évoquant le refus de plusieurs propriétaires de la loger, Maa Bio estime que le seul recours possible pour elle est de devenir propriétaire.

« Si je ne peux pas louer une maison dans mon propre pays, je vais devenir propriétaire. » Une pensée qui devient pour elle un leitmotiv.


Très rapidement, elle lance une cagnotte, (à la demande de ses fans), pour s’offrir cette maison en guise de cadeau d’anniversaire pour ses 37 ans.

« Je vais contribuer moi-même à hauteur de 10 millions et consacrer quelques pourcentages de mes partenariats à ce projet. Je ne vais pas vous laisser seuls à tout faire », a-t-elle indiqué dans une vidéo.

En seulement une heure après la mise en ligne de la cagnotte, 500 000 F CFA ont été collectés. Face à cet exploit, la joie de l’influenceuse grandissait, et elle appelait ses fans à ne pas se laisser décourager par les haters.

Mais, en face, les appels au boycott s’intensifiaient également. Pourquoi la cagnotte de Maa Bio passe-t-elle difficilement ?


Remontons les faits

Les internautes sont habitués aux appels à la solidarité en faveur de personnes vulnérables ou dépouillées de leurs biens, mais beaucoup moins lorsqu’il s’agit de personnalités qui semblent avoir les moyens de subvenir à leurs besoins.


L’influenceuse en question a toujours donné l’image d’une personne à l’aise financièrement, qui n’a rien à envier à qui que ce soit. Dieu merci, c’est ce que l’on souhaite à tout le monde.

Parmi ses nombreuses sorties démontrant cette aisance, entre présentations de voitures et voyages, on se souvient qu’il y a quelques mois, elle avait défié, de manière condescendante, les fonctionnaires de son pays.

« En Côte d’Ivoire ici, il n’y a pas un fonctionnaire qui peut s’asseoir à la table d’un TikTokeur qui a un million d’abonnés. Avec l’argent qu’il y a dans TikTok et l’influence, je ne vois pas quel fonctionnaire peut venir s’asseoir à la même table que nous. Vous êtes jaloux… », déclarait-elle dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. Elle avait même indiqué fièrement qu’elle louait une résidence à plusieurs millions de francs CFA par mois.


Comme le rappelle un adage bien connu : « L’humilité précède la gloire. »

Le malaise tient donc au décalage entre l’image publique de Maa Bio et la nature de sa demande.

Pour certains observateurs, il est difficile de comprendre qu’une personnalité donnant l’impression de disposer de moyens financiers confortables sollicite, dans le même temps, des contributions populaires pour accéder à la propriété. D’autant plus que cette demande intervient après des propos qui ont pu être perçus comme méprisants par certaines personnes.

Face au taux de chômage et au nombre important de personnes qui aspirent à intégrer la fonction publique, il aurait peut-être été judicieux pour elle de solliciter ses collègues influenceurs, qu’elle considère elle-même comme plus nantis que les catégories socioprofessionnelles précédemment citées.


Clôture de la collecte de fonds

La collecte a rapidement dépassé le cadre d’un simple appel à la générosité. Elle est devenue un sujet de controverse populaire.

Face à la pression, la plateforme Tikerama, sur laquelle la cagnotte avait été lancée, a décidé de se désengager en annonçant le remboursement intégral des contributeurs et en invoquant une politique interne.

Derrière cette clôture, une question demeure : pourquoi des internautes devraient-ils contribuer à l’achat d’une maison pour une personnalité dont ils ne connaissent pas nécessairement la situation financière réelle ?

Cette contradiction apparente mérite toutefois d’être examinée avec prudence. Un train de vie affiché ne constitue pas une preuve de richesse réelle. Les revenus d’un influenceur peuvent être irréguliers, dépendre des partenariats commerciaux et s’accompagner de charges importantes. Une personne peut également payer un loyer élevé sans disposer du capital nécessaire à l’achat d’un bien immobilier.


Il serait donc hasardeux de conclure, sur la seule base de son image publique, que Maa Bio est riche ou qu’elle n’a pas besoin d’aide.

Mais dans un pays où de nombreuses familles doivent arbitrer entre le loyer, la nourriture, les frais de scolarité et les soins de santé, l’idée de contribuer à l’achat d’une maison pour une personnalité connue peut surprendre.

Combien d’internautes ayant participé à cette cagnotte sont eux-mêmes locataires ? Combien rêvent de devenir propriétaires sans parvenir à réunir l’apport nécessaire ? Combien doivent solliciter leurs proches pour faire face à une urgence financière ?

 

31 vues