France : Face aux casseurs, Macron refuse une démission du gouvernement.
La démission de Laurent Nuñez a été refusée par Emmanuel Macron, au nom de « la nécessité d'un commandement continu des forces de l'ordre ». Lors des manifestations, des « défaillances d'anticipation et de renseignements » ont été reconnues par le chef de l'État, qui exige « de nouveaux modes d'action » contre les casseurs.
Le ministre de la Justice Gérald Darmanin admet que les autorités ont « failli », pointant un « défaut dans les renseignements ». 2 400 interpellations et près d'un millier de forces de l'ordre blessées, selon les autorités. Le gouvernement tente de reprendre la main avec une cellule de crise, une réunion à Bercy et des concertations avec partis, syndicats et collectivités. C'est la journée de tous les aveux. Au lendemain d'un week-end de violences qui a sidéré le pays, Laurent Nuñez a présenté sa démission à Emmanuel Macron. L'Élysée a fait savoir qu'elle avait été refusée, « compte tenu de la nécessité d'un commandement continu des forces de l'ordre dans le contexte actuel ». Le chef de l'État a chargé son ministre de « faire la transparence sur les défaillances d'anticipation et de renseignements qui ont conduit aux violences ». Et d'exiger, dans la foulée, « de nouveaux modes d'action » pour lutter contre les casseurs.
Le ministre de l'Intérieur reconnaît « une perte de contrôle » de la police dans certaines villes et un « manque d'anticipation » dans la mobilisation des forces. Son collègue de la Justice, Gérald Darmanin, a enfoncé le clou. Les autorités ont « failli incontestablement », il y a eu « un défaut dans les renseignements, et on ne fait pas de bonne police sans bon renseignement ». Avant d'asséner : les services français ne savaient « pas lutter correctement contre l'ultra-gauche ». Plus de 2 400 interpellations et près d'un millier de forces de l'ordre blessées, selon les autorités. À Marseille, jusqu'à 30 000 pilleurs ont été recensés, samedi.
S'il y a des casseurs, c'est qu'il y a des mouvements sociaux et qu'il y a une forme de pourrissement de ce mouvement social
À six mois de la présidentielle, le pouvoir est sous le feu des critiques. Marine Le Pen dénonce « une crise profonde de confiance, d'autorité, qui fait peser une menace sur la démocratie ». Jean-Luc Mélenchon accuse Emmanuel Macron de jouer « le pourrissement ». Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, va plus loin : « S'il y a des casseurs, c'est qu'il y a des mouvements sociaux et qu'il y a une forme de pourrissement de ce mouvement social qui est organisé par le gouvernement. » La charge vise directement l'exécutif.
« De la colère, de la honte »
Dimanche soir, le chef de l'État s'était déjà adressé aux Français. « Nous ressentons tous de la colère, de la honte », avait lancé Emmanuel Macron, avant cette phrase restée dans les esprits : « Ceux qui ont cherché à faire tomber la République auront à en répondre. » Ce lundi, l'Élysée a maintenu le cap : « Il a chargé le ministre de l'Intérieur de prendre toutes les dispositions pour faire la transparence » et de « mettre en place au plus vite sur le terrain de nouveaux modes d'action pour les forces de sécurité intérieure ».
Le Premier ministre Sébastien Lecornu tient ce lundi une cellule interministérielle de crise, articulée autour de trois volets : « économie-commerce », « assurance » et « suivi judiciaire ». Il a aussi été chargé de réunir partis, syndicats, collectivités et parlementaires. À Bercy, commerçants, distributeurs, hôteliers, restaurateurs, banques et assurances sont attendus pour mesurer l'ampleur des dégâts. Le président des CCI France évalue déjà à « des centaines de millions d'euros » les pertes, avec « plus de 2 000 » commerces touchés. Laurent Nuñez, lui, est attendu à Marseille, ville frappée de plein fouet. Les incidents, eux, n'ont pas cessé. Dimanche, à Paris, Lyon, Marseille, Nice ou Nantes, des pillages et tentatives d'intrusion ont encore eu lieu. À Paris, 350 interpellations ont été recensées dimanche et dans la nuit, selon le ministre. Place de la République, les affrontements ont duré jusque tard dans la nuit. Plus de 550 gardes à vue étaient en cours dimanche soir dans les commissariats de la capitale.
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